Genèse

En 1999, je découvre « La Morsure de la Chair », un spectacle de théâtre fait de textes de chansons réalistes. Les acteurs nous les font voir et entendre à fond de corps, dans toute leur violence et leur poésie. C’est un spectacle mis en scène par Stéphane Auvray-Nauroy, qui vient à cette occasion nous faire travailler sur la théâtralité de la chanson réaliste au conservatoire de la Roche-sur-Yon, où je suis alors élève.

Je me plonge dans ce répertoire étonnant : la tragédie peut donc avoir le visage du peuple de la rue… et la chanson rivaliser avec les grands textes…

Fréhel, Damia, Oswald :

Je m’entiche de ces diseuses, de leur parlé-chanté, de leur aisance à alterner la gravité la plus sombre et la légèreté la plus triviale…

Désormais elles m’accompagneront et feront partie de mon imaginaire, je les chanterai à plusieurs reprises, en cours ou sur scène, comme en 2003, pour le spectacle-cabaret « De Délices en Blessures » (dirigé par Julie Leflaive).

C’est à cette occasion que je rencontre Sébastien Jaudon, pianiste accompagnateur de ce cabaret, et que débute une collaboration qui nous mènera en 2007 à la création de « Gueules de nuit… chansons de Barbara », avec Emilie Meillon et Violette Jullian.

À l’issue de cette belle aventure, une certitude : j’aime profondément le lien que la chanson crée avec le public : chanter, raconter des histoires les yeux dans les yeux, dire « je »…

Par ailleurs, je me demande : être « une femme qui chante», comme se définit Barbara, qu’est-ce que ça veut dire vraiment ? quelle(s) image(s) de la féminité je porte, volontairement ou à mon insu, sur scène ?

Et puis, il y avait bien sûr, avec Sébastien Jaudon, l’assurance d’un désir mutuel de continuer à travailler et à chercher ensemble.

Alors nous sommes allé fouiller, chacun dans notre discipline, avec nos outils, dans ce répertoire qui s’imposait à nous avec évidence (et nous devons remercier nos élèves respectifs qui, au Conservatoire de théâtre de Lyon, ont commencé avec nous l’exploration de ces chansons, les chantant, les disant, les jouant, les trifouillant, les secouant, les aimant…), et nous en avons tiré l’envie d’une forme «pour aujourd’hui », qui serait à la fois de la chanson et du théâtre.

2012 : Nous nous embarquons maintenant, « À la Dérive »… Et parce que le théâtre ne naît que si on le regarde, ce sera sous le regard acéré et bienveillant de Nicolas Mollard qui nous accompagnera dans la réflexion, la dramaturgie et la mise en forme de ce spectacle théâtral et musical. 

 

Anne Rauturier